DES NUS ET DES FLEURS

 

Ici, des fleurs : velours d’un pétale, ondulation d’une corolle, elles s’élancent ou s’abandonnent, offertes jusqu’au pistil ou voilées d’un froissement de plis.
Là, des femmes, nues : chairs pâles, fragiles et denses, corps tendus, ployés et déployés dans une lumière qui semble les habiller. 
Fleur, femme… ou la passion du féminin. Dominique Derisbourg l’a longtemps exprimée, et avec bonheur, à travers des milliers de photos de mode. Pourtant, la double - et magnifique - interprétation du féminin qu’il livre aujourd’hui ne relève pas de l’univers mode, mais du désir, de la nécessité de s’en éloigner.
Un irrépressible besoin de vérité, d’authenticité, que ne saurait satisfaire un monde de la mode où, sur l’échelle du détestable, la tyrannie des apparences le dispute à la superficialité des échanges, la démesure des égo à l’impitoyable formatage des corps. Oublier tout cela, dit-il, pour  « aller à l’essentiel ».
Contrairement à la photo de mode qui fait appel à une équipe (stylisme, coiffure, maquillage, etc), la création artistique ne s’accommode pas du pluriel. Dès lors, Dominique Derisbourg travaillera en solitaire : la  beauté de l’image ne devra rien à quelque intermédiaire ! Mais plus encore, la beauté de la femme n’empruntera rien aux artifices de la mode. D’où le choix des nus. D’où aussi la diversité des corps. Pas de mannequins, mais des femmes « normales », jeunes et moins jeunes, minces ou épanouies, nerveuses ou girondes. Et rien d’impudique ni  d’érotique dans ces poses parfois audacieuses....Blancheur des chairs, pureté des lignes ou le corps féminin sublimé.
La sensualité, c’est à travers les fleurs que Dominique Derisbourg l’offre à nos regards. Et très vite, il ne nous suffit plus de voir, on a envie de humer, de toucher. Fond fait main, tirage sur papier arche, éblouissant jeu de couleurs et de matières, le photographe est devenu peintre. Et chaque photo un tableau. 

 

Marie-Pierre Dupont

 

 

 

 

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